Séminaire international sur la Bioéthique : la conférence inaugurale du Prof. Lazare Poamé (Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique)

La Chaire UNESCO de bioéthique de l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké, en collaboration avec la Commission Nationale Ivoirienne pour l’UNESCO et le bureau multisectoriel de l’UNESCO à Abuja (Nigéria), et le bureau de l’UNSCO à Abidjan a organisé un séminaire international du 20 au 21 octobre 2021 à l’UAO sur le thème « Bioéthique et Pandémie de COVID-19 : principes bioéthiques et construction d’une diplomatie vaccinale globale ».                               Louis Anoma Gervais, représentait le directeur des bureaux régionaux de l’UNESCO à Dakar et Abuja.                                        A cette occasion, Dr. N’Golo Aboudou Soro, le Secrétaire Général de la Commission nationale ivoirienne pour l’UNESCO a lu le discours du professeur Mariatou Koné, Ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, par ailleurs, Présidente de la Commission nationale ivoirienne pour l’UNESCO.   Le professeur Lazare Poamé, Titulaire de la Chaire UNESCO de bioéthique prononcé la conférence inaugurale portant sur le thème : « Les principes axiologiques de l’UNESCO et la quête d’une diplomatie vaccinale bio-éthiquement galbée ».

Nous vous proposons l’intégralité de cette conférence.

 

Liminaire

En référence à l’injonction platonicienne, gravée au fronton de l’Académie et bien connue sous cette formulation, « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », nous sommes tenté de déclarer, eu égard à la thématique de ce séminaire et au contexte mondial actuel, «Que nul n’entre ici, s’il n’est vacciné».

Mais vacciné contre quoi ? La réponse à cette question est d’une évidence trompeuse, car il s’agit d’être vacciné, non pas contre la Covid, mais contre les idées reçues de la doxa sur les vaccins anti-Covid. Les idées les plus répandues en Afrique sont celles-ci : « Le vaccin vise à freiner la démographie galopante des pays africains par la mortalité précoce» ; « Le vaccin contient des nanopuces qui permettront aux États de contrôler électroniquement les citoyens » ; « Le vaccin provoque des maladies invalidantes ». Enfin et c’est ce qui préoccupe bon nombre d’Africains interrogés sur ce sujet, « le vaccin rend stérile ».

En effet, il s’est développé, depuis près d’un an, une doxologie ambiante propre à faire douter de la science et de ses résultats concernant les vaccins contre la Covid. En témoigne le titre de cet ouvrage du Dr Suzanne Humphries et de Roman Bystrianyk, paru en 2021 : Vaccination. La grande désillusion.

Et pourtant, malgré cette doxologie ambiante, doublée d’une désillusion légitime (si l’on se réfère aux effets secondaires réels des substances inoculées), pour endiguer la pandémie, qui n’épargne aucun pays du globe, presque tous les regards se trouvent tournés vers le vaccin ou devrions-nous dire les vaccins. Vaccins classiques, contenant pour l’essentiel, la forme atténuée du virus et vaccins modernes à ARN, issus des développements du génie génétique et de la biologie moléculaire. Dans le recours à ces vaccins, qui s’est mué en course urgente au vaccin, les questions liées à la production et à l’accès au vaccin ont pris un tour diplomatique. La pandémie du Covid-19 a ainsi accouché de plusieurs vaccins nationaux (américain, chinois, russe, allemand) et d’une idée diversement exprimée dans les milieux intellectuels, la diplomatie vaccinale ou la diplomatie du vaccin. Cette forme de diplomatie a la particularité de structurer la politique étrangère vaccinale et les stratégies de défense des droits des nationaux à la vaccination.

En effet, alors que la planétarisation de cette pandémie avait suscité l’espoir d’une riposte mondiale concertée autour d’un vaccin, l’on assiste plutôt à une diplomatie vaccinale marquée du sceau du déploiement de stratégies disparates qui se gaussent de la quête d’un principe unificateur autour de l’ethos de la lutte anti-Covid. Écoutons, à ce sujet, Le Président français Emmanuel Macron :

Il va y avoir une diplomatie du vaccin, c’est-à-dire que chacun va vouloir brandir son drapeau en disant ‘’c’est moi qui l’ai trouvé’. […] Il faudra être vigilant là-dessus. Et faire attention : est-ce que toutes les règles scientifiques et les diligences auront été faites ? Ce sont nos scientifiques d’État qui peuvent le dire et ceux de l’OMS, parce qu’ils n’ont pas de conflit d’intérêt (Le Grand Continent, 12 nov. 2020).

Si la diplomatie vaccinale se joue de l’éthique, quelle est la logique qui la sous-tend et que sommes-nous en droit de faire valoir comme principes spéculatifs des Déclarations de l’UNESCO relativement aux jeux et enjeux de cette diplomatie? La réponse à ces interrogations doit s’affranchir de la déclinaison des principes axiologiques de l’UNESCO contenus dans la Déclaration universelle sur la Bioéthique.

I.       AUTOUR DES PRINCIPES AXIOLOGIQUES DE L’UNESCO

Pour le sujet qui nous préoccupe, ce qui tient lieu de principes axiologiques de l’UNESCO est repérable sous deux registres distincts, mais complémentaires.

Le premier est le socle éthicologique constitué par les Déclarations universelles anti-covidiennes. Il s’agit de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme publiée en décembre 1997 et la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme, adoptée en 2005 par la 33ème Conférence générale de l’UNESCO. Cette dernière, qui a opéré une sorte de sursomption sur la première Déclaration, renferme la quasi-totalité des principes de bioéthique incluant le biodroit.

Quinze principes structurent cette Déclaration (UNESCO, 2005) :

–    Dignité humaine et droits de l’homme

–    Effets bénéfiques et effets nocifs

–    Autonomie et responsabilité individuelle

–    Consentement (Toute intervention médicale de caractère préventif, diagnostic ou thérapeutique ne doit être mise en œuvre qu’avec le consentement préalable, libre et éclairé de la personne concernée, fondé sur des informations suffisantes…).

–    Personnes incapables d’exprimer leur consentement

–    Respect de la vulnérabilité humaine et de l’intégrité personnelle

–    Vie privée et Confidentialité

–    Égalité, justice et équité

–    Non-discrimination et non-stigmatisation

–    Respect de la diversité culturelle et du pluralisme

–    Solidarité et coopération

–    Responsabilité sociale et santé

–    Partage des bienfaits

–    Protection des générations futures

–    Protection de l’environnement, de la biosphère et de la biodiversité.

Le second registre est constitué par la Déclaration conjointe des structures spécialisées de l’UNESCO, le CIB (Comité international de bioéthique) et la COMEST (Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies) sur la COVID-19. Prenant la pleine mesure de la pandémie et sur la base d’une appropriation pratique des valeurs que promeut la Déclaration universelle sur la bioéthique, le CIB et la COMEST ont élaboré une Déclaration publiée en mars 2020 sous le titre : Déclaration sur le COVID-19 : considérations éthiques selon une perspective mondiale.

Avec les Déclarations antécovidiennes de l’UNESCO (1997 et 2005), l’on peut faire valoir ici, directement ou indirectement, tous les principes renvoyant à l’être humain (individu, communauté et humanité entière) aujourd’hui pris dans les rets de la pandémie de Covid-19.

Ainsi, presque tous les principes énoncés ci-dessus peuvent être valablement évoqués pour mener une réflexion éthique sur les problèmes liés à la pandémie.

Quant à la Déclaration conjointe de l’UNESCO, produite en pleine pandémie (mars 2020) par le CIB et la COMEST, elle met sélectivement et contextuellement en lumière des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme et certaines recommandations du CIB. Elle a été précisément publiée sous le titre : Déclaration sur le covid-19 : considérations éthiques selon une perspective mondiale.

On retiendra de cette Déclaration conjointe huit (8) points :

1.  Fonder les questions de santé et les questions sociales sur des preuves scientifiques solides.

2.  Instaurer un dialogue interdisciplinaire entre les acteurs scientifiques, éthiques, juridiques et politiques.

3.  Garantir l’accès aux soins de qualité.

4.  Assurer la protection des personnes vulnérables.

5.  Eviter toute forme de stigmatisation et de discrimination.

6.  Faire valoir harmonieusement à la fois le droit à la santé et les devoirs en matière de santé, surtout en situation de pandémie.

7.  Vérifier la fiabilité des informations diffusées sur la pandémie

8.  Développer une coopération et une solidarité internationales pour surmonter les égoïsmes nationaux.

Le dernier point est au cœur de la diplomatie vaccinale, devenue une préoccupation majeure, un enjeu mondial.

Attentive à cette préoccupation, l’UNESCO, à travers le CIB et la COMEST, demande que l’on confère aux vaccins contre la COVID-19 le statut de bien public mondial (24 février 2021). Une telle disposition présuppose la levée des brevets sur les vaccins. Elle est également encline à favoriser l’accès équitable aux vaccins, caractérisés, désormais, par un enjeu diplomatique multipolaire.

II.      LE VACCIN ANTI-COVID : UN ENJEU DIPLOMATIQUE MULTIPOLAIRE

De fait, les pays producteurs de vaccin ont trouvé en cette substance thérapeutique un instrument diplomatique à triple dimension : le protectionnisme vaccinal, l’expansion des zones d’influence et la maîtrise de l’industrie du vaccin.

Ici, se jouent à la fois la réputation ou l’image des pays qui auront réussi à relever le défi de la découverte d’un vaccin efficace contre la COVID-19 et la consolidation des relations diplomatiques nouées avec certains pays du monde. On a dit, à juste titre, que le vaccin est devenu une arme diplomatique, maniée habilement par les premiers pays l’ayant trouvé, notamment la Chine et la Russie. Le vaccin leur a, en effet, permis de renforcer les liens existants avec les États, mais aussi de nouer de nouvelles relations diplomatiques. Pour les pays qui n’ont pu le trouver, leur diplomatie vaccinale se développe à travers des stratégies liées au pass sanitaire, à la reconnaissance internationale des certificats de vaccination délivrés, à travers le monde, par les États. Ou encore, à la politique d’accès au vaccin à moindre coût.

La diplomatie vaccinale, dans son déploiement, s’est accompagnée d’une diplomatie économique insidieuse, révélatrice des frasques de l’homo economicus dans les stratégies vaccinales.

Somme toute, les enjeux à la fois diplomatiques et économiques des vaccins mal maîtrisés ont contribué à accentuer les luttes d’influence et à disperser les stratégies vaccinales.

En observant la situation avec le troisième œil des Grecs, nous y voyons une des manifestations de ce que les philosophes de l’École de Francfort ont identifié sous le nom de Instrumentelle Vernunft, c’est-à-dire la raison instrumentale. Sa caractéristique principale est l’instrumentalisation de la nature et de l’homme lui-même, plus grave encore, la transformation insidieuse de l’éthique (destinée à sauvegarder le monde) en technologie.

Depuis les premières heures de la pandémie de Covid-19 à ce jour, on est passé de la diplomatie des masques à la diplomatie vaccinale sans chercher à débusquer rationnellement le réel masqué derrière ces formes de diplomatie.

La logique qui structure la diplomatie vaccinale est une logique propre à la rationalité stratégique, une rationalité à cheval entre deux types de rationalité : la rationalité instrumentale et la rationalité herméneutique. La première sert toutes les fins y compris celles contraires à l’éthique et la seconde est orientée vers l’intercompréhension.

Antoine Flahault, dans un ouvrage intitulé Covid, le bal masqué, invite « à prendre part à la danse de la pandémie de Covid-19 tout autour de la terre » (Flahault 2021) en martelant :

« La pandémie de Covid-19 a déferlé sur le monde à la manière du Boléro de Ravel. Sur un rythme et un tempo quasiment invariable, une mélodie uniforme, répétitive, diatonique, dans un lent crescendo orchestral marqué par le rythme des publications quotidiennes du nombre de nouvelles victimes, comme le son d’un macabre tambour relayé par les réseaux sociaux ».

La question qui nous paraît importante, ici, est de savoir qui mène la danse. Ce ne sont pas les États dits puissants et encore moins les individus, mais la raison instrumentale opérant sous le signe de la rationalité que les philosophes de l’École de Francfort ont qualifié d’erfolgsorientiert, entendez une rationalité orientée vers le succès. Il apparaît clairement que l’archè de la diplomatie vaccinale est éthiquement faible. D’où la nécessité de le renforcer en le coulant dans le moule des principes axiologisés, à visée universelle.

Nous en arrivons ainsi aux jalons d’une diplomatie vaccinale éthiquement galbée.

III.    JALONS POUR UNE DIPLOMATIE VACCINALE ÉTHIQUEMENT GALBÉE

Que faut-il entendre par l’expression « éthiquement galbée » ? Tout comme les jambes galbées qui affichent des courbes harmonieuses et avancent sans claudication, il s’agit de penser une diplomatie vaccinale affranchie de la logique de la domination, de la logique marchande et des calculs égocentriques qui contrastent avec les valeurs humanistes que l’UNESCO s’efforce de promouvoir dialogiquement en privilégiant l’alliance sacrée que constitue le triptyque Science – Technique – Société. On peut alors se demander comment se justifie bio-éthiquement l’obligation vaccinale dans le champ de la diplomatie vaccinale.

·   Les justifications bioéthiques d’une obligation vaccinale dans le champ de la diplomatie vaccinale

Il est rationnellement admis que le moyen le plus sûr pour enrayer la pandémie est de réussir à vacciner plus de la moitié de la population mondiale. Sur la base de ce présupposé rationnel, se sont déployées des stratégies vaccinales locales et globales avec des justifications éthiques parfois sujettes à caution.

Du point de vue bioéthique, les justifications de l’obligation vaccinale mondiale peuvent être recherchées dans les principes d’universalisation, d’humanité, de bienfaisance et dans une certaine mesure, dans le principe de précaution.

Les principes d’universalisation et d’humanité, hérités de la philosophie allemande, notamment du kantisme, s’énoncent comme suit :

« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » (Kant).

Le philosophe allemand Hans Jonas reformule le principe pour des raisons intraphilosophiques (critique de l’intentionnalisme et de l’anthropocentrisme) en ces mots : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » (Jonas, 1990).

À cette universelle applicabilité des maximes, il faut adjoindre l’universelle acceptabilité que promeut Habermas en ces termes :

Chaque norme valide doit satisfaire à la condition selon laquelle les conséquences et les effets secondaires qui, de manière prévisible, résultent de son observation universelle dans l’intention de satisfaire les intérêts de tout un chacun, peuvent être acceptés sans contrainte par toutes les personnes concernées (Habermas, 1992).

Sur fond d’universalisme anthropocentré, le principe d’humanité s’énonce : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de toute autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen » (Kant). Il implique le respect de la liberté d’autrui et de l’altérité, le refus de la chosification de l’être humain et de la protection du genre humain incarné dans chaque individu.

Le recours au principe de bienfaisance se justifie par le souci de préserver le bien-être individuel et collectif ainsi que la nécessité d’endiguer la pandémie. L’application mécanique de ce principe conduit souvent à des dérives autoritaires et / ou paternalistes faisant jouer la précaution contre l’autonomie et même la bienfaisance. Le principe de précaution peut s’appliquer sans heurt, dans le cas de la stratégie vaccinale, si l’on fait de l’obligation vaccinale une obligation morale sans feinte, accompagnée de tous les moyens de persuasion scientifiquement et éthiquement acceptables et de toutes les informations utiles, notamment les caractéristiques de chaque vaccin, les effets bénéfiques, les risques auxquels s’exposent les personnes non vaccinées, les résultats des études pilotes menées par un Comité d’éthique sur les personnes vaccinées. Nous disons bien sans feinte et cela, au regard de la stratégie vaccinale qui consiste à annoncer aux citoyens que la vaccination n’est pas obligatoire, mais qu’ils ont l’obligation de rester chez eux s’ils ne sont pas vaccinés, attendu que l’accès aux lieux publics est conditionné par la présentation d’un pass vaccinal ou d’un certificat de vaccination anti-covid.

Quant au principe de précaution, souvent confondu avec la prudence, il devra s’appliquer avec précaution sans donner dans le précautionnisme. Appliqué convenablement, le principe de précaution oriente la réflexion vers les risques potentiels et les éventuels dommages irréversibles chez les personnes candidates au vaccin. Ces personnes devraient elles-mêmes prendre la précaution de se faire établir un bilan de santé avant et après la vaccination pour faciliter les études sur le vaccin qui se poursuivent.

Que dire au sujet du protectionnisme vaccinal ? Sur cette question, il nous semble judicieux de convoquer la Macroéthique.

·   Sur la question du protectionnisme vaccinal : le recours à la Macroéthique

Dans un monde où le virus traverse, volens nolens, toutes les frontières, le protectionnisme vaccinal est un comportement éthiquement et scientifiquement inconséquent.

Si l’insuffisance de doses et l’application de la maxime qui veut que la charité bien ordonnée commence par soi-même semblent justifier le protectionnisme vaccinal, force est de souligner que rien, au 21ème siècle, ne justifie un égoïsme national. En effet, l’état du monde actuel est celui d’un village planétaire dont les quartiers, en interaction constante, appellent pour la résolution de leurs problèmes, une appréhension globale et globalisante. Cette approche a pour nom Macroéthique. La macroéthique est, selon l’expression de Karl Otto Apel, « Une éthique universelle, valable pour l’humanité tout entière. C’est l’éthique fondée sur des valeurs situées à l’échelle du destin de l’humanité ». Avant Apel, le problème de l’universalité de l’éthique avait été examiné par Kant à travers l’impératif catégorique kantien devenu célèbre, évoqué plus haut.

·   Sur la question de la maîtrise de l’industrie du vaccin

Il est important de souligner que la course à la fabrication de vaccins anti-covid et les mécanismes d’approvisionnement des États ne sont pas à l’abri des risques de corruption de tous ordres. Dans un Rapport des Nations Unies rendu public en octobre 2021, ces risques ont été identifiés comme suit :

–    Mise sur le marché de vaccins falsifiés et de qualité inférieure ;

–    Vol de vaccins dans les systèmes de distribution ;

–    Fuite de fonds d’urgence destinés au développement et à la distribution de vaccins ;

–    Népotisme et favoritisme

–    Corruption des systèmes d’approvisionnement.

Pour surmonter ces difficultés, le Rapport préconise, entre autres, les mesures suivantes :

–    Un comité spécialisé chargé de superviser les fonds d’urgence ;

–    Des critères de transparence pour l’achat de vaccins et pour l’identification des bénéficiaires prioritaires des vaccins ;

–    Des systèmes de stockage sécurisés ;

–    Conduite d’évaluation des risques de corruption ;

–    Renforcement de la participation de la société civile ;

–    Protection des journalistes et des lanceurs d’alerte ;

–    Défense des droits à la santé ;

–    Renforcement des législations et des politiques de lutte contre la corruption ;

–    Mise en place de mécanismes complets de vérification de surveillance, de reddition des comptes et d’information pour suivre les décaissements et vérifier la bonne réception ;

–    Identification et protection des personnes vulnérables.

À ces mesures, il convient d’ajouter les plaidoyers en faveur de la levée des brevets sur les vaccins. Si ces plaidoyers soulèvent un autre problème éthiquement recevable, celui de la propriété intellectuelle, ils en résolvent un autre en substituant à la logique marchande, l’impératif du partage et de la solidarité anthropologique, lumineusement énoncé dans les Déclarations de l’UNESCO, notamment la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme et la Déclaration conjointe du CIB et de la COMEST sur la pandémie de Covid-19.

Que conclure ?

Il est évident que cette conférence, parce qu’elle est inaugurale, s’est attelée à dégager les chemins de la rosée matinale pour entrer plus aisément dans le champ de la diplomatie vaccinale qui sera défriché à l’aide d’un logos polyphonique, déployé par des experts d’horizons divers, universitaires et onusiens, tous unis par l’éthos de la mondialisation. Serions-nous à la fin de ce séminaire, que nous nous poserions la même question : « Que conclure ? ». Car, peut-on conclure sur une pandémie qui n’a pas encore dit son dernier mot ? Somme toute, l’éthique doit constituer le socle axiologique unificateur de la diplomatie vaccinale globale. Par elle, le global acquiert plus de cohérence et de sens ; il cesse d’être pour ainsi dire un agrégat rapsodique de stratégies.

Nous avons commencé cette conférence par une injonction, nous la terminons par une autre injonction, vulgarisée par l’Aufklärung, entendez le siècle des Lumières : Sapere aude ! Ose te servir de ton propre entendement.

Côte d’Ivoire: un séminaire sur le vaccin anti-Covid-19 en préparation

La Côte d’Ivoire prépare un séminaire international sur la bioéthique et le vaccin anti-Covid-19 prévu au 4e trimestre 2021, selon le professeur ivoirien Lazare Poamé, titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique.

« Pour le dernier trimestre de l’année 2021, nous préparons, avec une équipe des chercheurs de la Chaire, conduite par le professeur Marcel Kouassi, un Séminaire international intitulé : Bioéthique et pandémie de Covid-19 », a annoncé M. Lazare Poamé.

Ce séminaire international permettra de traiter les  « principes bioéthiques et la construction d’une  diplomatie vaccinale globale. Il sera organisé en collaboration avec la Commission nationale ivoirienne pour l’UNESCO et le Bureau multisectoriel de l’UNESCO à Abuja, au Nigéria.

Selon le professeur Lazare Poamé, ce « sera l’occasion d’examiner les questions et enjeux liés aux différents vaccins contre le coronavirus ». Interrogé de savoir les actions menées face à la Covid-19, au plan local, il a soutenu que les actions menées par la Chaire sont « innombrables ».

Parlant de la Covid-19,  dont  la dimension sanitaire a induit des glissements vers le pan-médicalisme », il a salué « la bravoure du personnel médical ».

« Pour ce qui est des traitements attendus contre la Covid-19, la Chaire a privilégié le champ de la médecine naturelle et des technologies douces », a-t-il indiqué.

« Nos chercheurs, en se tournant vers le  riche patrimoine végétal dont dispose le continent africain, ont pu trouver une solution relevant de l’urgence éthique sans donner dans l’éthique de l’urgence », a-t-il relevé.  De ce fait, la Chaire a enregistré des contributions centrées sur la phytothérapie avec la production de deux tisanes.

La première, rappellera-t-il, est celle du professeur Annick Yamousso Tahiri, professeur de Biologie à l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), spécialiste des substances naturelles, Chercheure associée à la Chaire UNESCO de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara – Bouaké. Elle est également membre du Comité consultatif national de Bioéthique.

Sa tisane comprend des propriétés antivirales, antiinfectieuses, antioxydantes et hépathoprotectrices, qui a été d’ailleurs  présentée par le ministère de la Recherche scientifique de Côte d’Ivoire en juin 2020 comme une solution riposte à la maladie de la Covid-19.

« La seconde tisane, aux vertus thérapeutiques presqu’analogues à la première, a été produite par un phytothérapeute, M. Pierre Kadio dont nous suivons les recherches depuis une dizaine d’années sur le traitement du VIH/SIDA », a-t-il poursuivi. 

Sa tisane est issue d’un produit pour lequel il a obtenu, en 2018, un brevet d’invention (N°18864) délivré par l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle) avec pour mention  »Médicament naturel contre le VIH/SIDA et autres pathologies », a fait observer M. Poamé.

Il a mentionné que la recherche sur les pandémies, pas seulement celle de la Covid-19,  constitue un des axes prioritaires des programmes permanents de la Chaire UNESCO de Bioéthique.

En marge d’une étude sur la construction sociale des rumeurs, des discours et pratiques face à une épidémie, de nouveaux projets de recherche ont vu le jour.

Au nombre de ces projets, l’on a « Éléments de stratégie de gestion et de lutte contre la propagation de la Covid-19 en Côte d’Ivoire : regards croisés ».

Les personnes du 3ème âge face à la Covid-19 en Côte d’Ivoire : perception de la maladie, prises de risque et résilience sociale,  et ensuite La réinvention des rites funéraires en temps de Covid-19.

Cette dernière étude a été menée en collaboration avec des chercheurs du département LPED de l’IRD.

Les recherches conduites, jusque-là, dans le cadre des programmes de la Chaire, ont porté sur la procréatique, l’éthique du vivant, la phénoménologie de la violence urbaine,  a-t-il fait remarquer.

Professeur Lazare POAMÉ (Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique) décline les « multiples avantages » de la Bioéthique

Le Professeur Lazare POAMÉ est le Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique. Dans cette interview, il parle de cette Chaire installée officiellement il y a onze (11) ans (lundi 26 juillet 2010), au siège de l’Université de Bouaké délocalisée alors à Abidjan, en présence des hautes autorités de l’UNESCO et de la nation. Il esquisse également quelques résultats des recherches menées par la Chaire.

Professeur Lazare POAMÉ, vous êtes le Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la bioéthique ? Ses domaines d’intervention ?

Professeur Lazare POAMÉ : La bioéthique est à la fois un espace de discussion rationnelle et surtout un champ disciplinaire axé sur les problèmes à dimension éthique posés par le développement hallucinant de la biologie moléculaire et des technosciences biomédicales.

Parmi les problèmes dits paradigmatiques de la bioéthique, on peut citer l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, l’insémination artificielle, le clonage, le statut de la sexualité, du sperme congelé, de l’embryon et de la mère porteuse, l’eugénisme, la brevetabilité du vivant, les OGM, l’informatisation et la manipulation des bases de données personnelles, la commercialisation des organes du corps humain et de ses produits, la finalité de la médecine, des armes bactériologiques et les problèmes environnementaux tels que la biodiversité et la biosphère.

Depuis la publication de la Nouvelle encyclopédie de bioéthique, les domaines d’intervention de la bioéthique peuvent être ainsi énumérés : la procréatique, le génie génétique, la manipulation de la personnalité, le vieillir et le mourir, l’expérimentation sur les vivants humains et non humains. La bioéthique évoluant avec son temps, elle explore aujourd’hui des champs nouveaux tels que l’intelligence artificielle, les technologies de la communication, le Business Ethics, la robotique, la connectique, les big data et le transhumanisme.

Quels avantages pour la Côte d’Ivoire de voir loger cette Chaire de l’ensemble du monde francophone au sein de cette Université ?

Les avantages sont multiples et divers. Le premier est contenu en germe dans la question posée, car loger une Chaire de l’ensemble du monde francophone dans une Université africaine et précisément ivoirienne donne à la Côte d’Ivoire une visibilité honorable. Cette visibilité s’est particulièrement accrue à l’UNESCO où la Côte d’Ivoire, à travers notre expertise, a été portée à la tête du Groupe Afrique du Comité Intergouvernemental de Bioéthique (CIGB) en 2013.

Un autre avantage est celui de la mise au jour de la compétitivité scientifique des Universités ivoiriennes. Etant donné que l’obtention de cette Chaire, la première du genre dans le monde francophone, est conditionnée par une série d’épreuves, la Côte d’Ivoire peut se targuer d’avoir des ressources humaines de qualité. À travers cette Chaire, la Côte d’Ivoire a également l’avantage d’avoir à portée de main une expertise dont elle peut disposer pour résoudre, sous les tropiques, les problèmes de bioéthique. Nous tenons à souligner que la Chaire UNESCO de Bioéthique se veut résolument engagée pour le développement. D’où l’attelage de la bioéthique et des Sciences sociales au sein de cette Chaire avec comme figure de proue le Professeur Francis Akindès, Responsable des Programmes de formation et de recherche. Cette spécificité de la Chaire trouve sa justification dans la réponse éthico-technique aux besoins d’accompagnement des programmes de développement exprimés par les pouvoirs publics et les institutions privées. Ainsi, la Chaire s’attache, par des activités de recherche et à la demande d’institutions publiques et privées, à aider à une meilleure compréhension des transformations sociétales afin que les réponses proposées soient suffisamment éclairées, notamment par les principes éthiques et bioéthiques. Vous voyez ! Une telle spécificité inscrit la Chaire dans une perspective fortement développementaliste. C’est ainsi que, par-delà la recherche en éthique fondamentale, la Chaire s’attèle, par la recherche, la formation et l’expertise, à promouvoir le respect des principes bioéthiques dans les espaces de définition et de mise en œuvre des politiques publiques.

Revenons au Groupe Afrique du Comité Intergouvernemental de Bioéthique (CIGB) que vous avez présidé. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette instance ?

Cette instance est une composante du Comité Intergouvernemental de Bioéthique, le CIGB, créé pour examiner, entre autres, les avis et recommandations du Comité International de Bioéthique, le CIB, à transmettre au Directeur général de l’UNESCO.

Le Groupe Afrique, appelé aussi Groupe V-a, est précisément cette composante du CIGB, réduite à l’Afrique noire avec ses problèmes spécifiques que les États membres veulent bien soumettre à leurs experts pour traitement. Notre dernière contribution aux activités du CIGB date du 15 juillet 2021.

L’autre partie de l’Afrique, dite blanche, est rattachée au monde arabe ; elle constitue le Groupe V-b.

Vous devez savoir que l’entrée des États membres de l’UNESCO au CIGB est conditionnée par une élection où se jouent à la fois l’image du pays et l’étoffe éthico-scientifique de son expert. C’est le lieu de souligner qu’au CIGB, le poids des experts nationaux se mesure non pas à la taille ou à la puissance de leurs États, mais à la pertinence de leurs interventions sur les problèmes de bioéthique qui s’accommodent mal de l’improvisation et des opinions nourries au punch de la doxa.

Sur le continent africain, la Côte d’Ivoire compte parmi les États pionniers de l’enseignement de la bioéthique et reste le premier pays francophone abritant la Chaire UNESCO de Bioéthique. Qui plus est, son expert, le Titulaire de la Chaire, est l’un des rares Africains à avoir contribué à l’élaboration de la Nouvelle encyclopédie de bioéthique publiée à Bruxelles en 2001.

Après son installation officielle le 26 juillet 2010, à l’Université de Bouaké, la Chaire UNESCO de Bioéthique a lancé, en 2011, le Prix du meilleur traducteur de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme en langues locales africaines, en l’occurrence le baoulé, le bété et le dioula, l’autre nom du malinké. Ce Prix a été décerné en août 2012, sous la co-présidence de la Ministre de l’Éducation nationale, Mme Kandia Camara et du Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Cissé Ibrahima.

Pour la Côte d’Ivoire, un pays principiellement épris de paix et soucieux de promouvoir l’éthique, cette Déclaration de l’UNESCO renferme des valeurs universelles autour desquelles les Ivoiriens peuvent se réconcilier sans heurts fratricides.

C’est sur la base de ces atouts que notre pays a pu être porté à la tête du Groupe Afrique du CIGB et a même eu à assurer, au niveau mondial, à travers notre modeste personne, la Vice-présidence du Comité Intergouvernemental de Bioéthique de l’UNESCO.

Quelles sont les actions qui ont pu être menées, notamment face à la pandémie de COVID-19 ?

Les actions menées par la Chaire sont innombrables et il serait fastidieux de les énumérer toutes dans le cadre restreint de cette interview.

Parlant de cette pandémie dont la dimension sanitaire a induit des glissements vers le pan-médicalisme, vous nous donnez l’occasion de saluer la bravoure du personnel médical dont les valeurs hippocratiques ont parfois été mises à rude épreuve.

Longtemps avant la pandémie, entre 2012 et 2013, avec une équipe de Médecins, de sociologues et d’éthiciens, la Chaire a conduit une enquête dont l’objectif général était d’évaluer, dans les CHU de la Côte d’Ivoire, les mécanismes d’appropriation des principes et directives éthique de l’OMS et de l’UNESCO par les cadres de la santé. Les résultats de cette étude sont disponibles dans notre base de données et servent à enrichir nos cours de bioéthique dispensés aux étudiants en Médecine. Pour des raisons éthico-déontologiques, la démarche requise a été effectuée auprès du Ministère de la santé à l’effet de rendre publics ces résultats.

Pour en revenir à la pandémie, le numéro thématique spécial de la Revue RIFEB (Revue internationale Francophone d’Éthique et de Bioéthique), consacré à la lutte contre la Covid-19, est sous presse avec neuf (09) articles ainsi libellés :

– Principisme et casuistique bioéthiques à l’aune des urgences induites par la pandémie de Covid-19.

– Urgence sanitaire et respect du principe de précaution : les dilemmes éthiques face à la Covid-19.

– Le principe de non-discrimination et de non-stigmatisation en contexte de COVID-19 : quelles stratégies de prise en charge des patients ?

– Covid-19 et urgence sanitaire : le respect de la dignité humaine revisité.

– Informations scientifiques et dilemmes éthiques dans le contexte de la pandémie COVID-19.

– COVID-19 et Bioéthique : Le principe de consentement à l’épreuve de l’obligation médico-politique.

– Thérapie sélective des patients du Covid-19 et dignité humaine.

– Infodémie, viralité numérique et principes bioéthiques dans la crise de la Covid-19.

– Covid-19 et sécurité sanitaire : la précaution face au risque éthique dans les pratiques pharmaco-épidémiologiques en Afrique.

Ce numéro, faut-il le rappeler, est le fruit d’un Séminaire interafricain de bioéthique organisé en décembre 2020, sous la présidence du Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Pour ce qui est des traitements attendus contre la Covid-19, la Chaire a privilégié le champ de la médecine naturelle et des technologies douces.

Nos chercheurs, en se tournant vers le riche patrimoine végétal dont dispose le continent africain, ont pu trouver une solution relevant de l’urgence éthique sans donner dans l’éthique de l’urgence.

Ainsi, la Chaire a enregistré des contributions centrées sur la phytothérapie avec la production de deux tisanes.

La première est celle du Professeur Annick Yamousso TAHIRI, Professeur de Biologie à l’UFHB, spécialiste des substances naturelles, Chercheure associée à la Chaire UNESCO de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara – Bouaké et membre du

Comité consultatif national de Bioéthique. Cette tisane, aux propriétés antivirales, antiinfectieuses, antioxydantes et hépathoprotectrices, a été présentée par le Ministère de la Recherche scientifique de Côte d’Ivoire en juin 2020 comme une solution riposte à la maladie de la Covid-19.

La seconde tisane, aux vertus thérapeutiques presqu’analogues à la première, a été produite par un phytothérapeute, Monsieur Pierre KADIO dont nous suivons les recherches depuis une dizaine d’années sur le traitement du VIH/SIDA. Sa tisane est issue d’un produit pour lequel il a obtenu, en 2018, un brevet d’invention (N°18864) délivré par l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle) avec pour mention ’’Médicament naturel contre le VIH/SIDA et autres pathologies’’.

La recherche sur les pandémies, pas seulement celle de la COVID-19, constitue un des axes prioritaires des programmes permanents de la Chaire UNESCO de Bioéthique. Pour l’année 2020, alors que la Chaire affinait, au mois de mars, ses travaux sur les multiples dimensions (économiques, culturelles, sociales et anthropologiques) de l’épidémie à virus Ebola, ses chercheurs durent, face à l’urgence, polariser leurs efforts sur la pandémie de COVID-19.

Ainsi, en marge de l’étude sur la construction sociale des rumeurs, des

discours et pratiques face à une épidémie, de nouveaux projets de recherche ont vu le jour au nombre desquels ceux-ci:

– Éléments de stratégie de gestion et de lutte contre la propagation de la COVID-19 en Côte d’Ivoire : regards croisés.

– Les personnes du 3ème âge face à la Covid-19 en Côte d’Ivoire : perception de la maladie, prises de risque et résilience sociale.

– La réinvention des rites funéraires en temps de COVID-19.

Cette dernière étude a été menée en collaboration avec des chercheurs du département LPED de l’IRD.

Les activités quasi permanentes de recherche de la Chaire sont organisées autour de neuf (09) programmes en recherche appliquée et trois (03) programmes en recherche fondamentale. La revue internationale, dénommée RIFEB (Revue Internationale Francophone d’Éthique et de Bioéthique), créée par la Chaire, sert de moyen de vulgarisation de ses recherches.

Les recherches conduites, jusque-là, dans le cadre des programmes de la Chaire, ont porté sur la procréatique, l’éthique du vivant, la phénoménologie de la violence urbaine. Celle-ci, avec un financement du CRDI, a débouché sur un film documentaire intitulé Microbes à Abidjan. Elles ont également porté sur les aspects socioéconomiques et éthico-culturels de l’alimentation infantile, en partenariat avec Danone, sur l’épidémie à virus Ebola, les rites funéraires en vue d’une amélioration des plans de riposte en cas d’épidémie en Afrique de l’Ouest, en partenariat avec l’OMS. À cela, s’ajoutent la santé génésique avec une focalisation sur les grossesses en milieu scolaire, à la demande du Ministère de l’Éducation nationale, l’avortement et ses conséquences sur la santé des femmes en Côte d’Ivoire, à la demande de « Médecins du Monde ». Enfin, encore avec le Ministère de l’Éducation nationale, nous avons travaillé sur la politique des subventions aux établissements privés en passant ces subventions au laminoir des principes pertinents de la bioéthique.

Pour le dernier trimestre de l’année 2021, nous préparons, avec une équipe des chercheurs de la Chaire, conduite par le Professeur Marcel Kouassi, un Séminaire international intitulé : Bioéthique et pandémie de COVID-19 : principes bioéthiques et construction d’une diplomatie vaccinale globale. Ce séminaire, organisé en collaboration avec la Commission nationale ivoirienne pour l’UNESCO et le Bureau multisectoriel de l’UNESCO à Abuja, au Nigéria, sera l’occasion d’examiner les questions et enjeux liés aux différents vaccins contre le coronavirus.

Tout cela, pour vous dire combien la Chaire est discrètement active sur le territoire ivoirien.

En plus de la recherche, qu’est-ce que la bioéthique peut apporter dans la gestion des entreprises et Institutions ?

La bioéthique ayant pour champ d’élection et de prédilection l’éthique devenue le nouvel étalon de mesure des performances d’une entreprise moderne, vous devinez aisément son importance dans la gestion des entreprises. Aussi bien pour le management des ressources humaines que pour la gestion des conflits en entreprise, la bioéthique, sous l’angle de l’éthique économique et de l’éthique de la communication, peut transformer qualitativement les entreprises et institutions soucieuses de préserver leur image de marque et d’offrir des produits et des services marqués du sceau de l’Assurance qualité. Sous l’angle de l’éthique environnementale, la bioéthique peut être un phare secourable pour le développement durable et la promotion exemplaire de la responsabilité sociétale des entreprises.

Quelle est la procédure à suivre pour bénéficier de la formation en bioéthique et qu’est-ce que les connaissances en bioéthique apportent de plus ?

La bioéthique, que nous avons introduite au forceps à l’ex-Université de Bouaké, au cours de l’année universitaire 1994-1995, continue d’être enseignée à l’Université Alassane Ouattara, de la Licence au Doctorat. La voie à suivre est donc celle de la formation.

Deux types de formation s’offrent aux managers en acte ou en puissance : la formation diplômante, relativement longue, généralement réservée aux étudiants à temps plein et la formation certifiante, plus courte. Pour accéder à ce second type de formation, les intéressés doivent soumettre un dossier au Directeur des programmes et projets de recherche de la Chaire.

Aujourd’hui, nous sommes particulièrement heureux d’avoir contribué à l’introduction de l’enseignement de la bioéthique dans les universités africaines, car l’une des particularités de la formation en bioéthique est de placer l’éthique dans une nouvelle clairière, celle qui confère à l’apprenant une meilleure compréhension des enjeux de la modernité, de la postmodernité, des rapports interhumains et des mutations qui s’opèrent dangereusement dans le technocosme.

Violence criminelle dans les villes ivoiriennes – Francis Akindes raconte sa rencontre avec les « microbes »

Prof. Francis Akindes, Directeur des programmes Chaire Unesco de Bioéthique l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, et des enseignants ont rencontré les « microbes » d’Abidjan. Dans le cadre d’une étude sur le « Phénoménologie de la violence criminelle dans les villes ivoiriennes : nouveaux défis pour la gouvernance à Duékoué, Abidjan et Bouaké ».

Trois années de recherches dont les résultats on été restitués à un symposium organisé hier à l’amphithéâtre de la Crrae-Uemoa, sis au Plateau.

Pr Akindes a expliqué que les  » microbes  » considèrent leur activité comme une activité économique normale. « Ils ont le souci de la famille. Ils nous ont dit qu’ils aident leurs parents à payer le loyer et les factures « , dira-t-il avant d’ajouter,  » C’est leur manière de répondre à l’inégalité sociale « .

L’enseignant a fait savoir que les  » microbes  » sont bien organisés. Selon lui, ils ne sortent pas au hasard. En général, les filles sont des appâts. Elles ont un visage d’ange, mais à contrario, dangereuses.

Les enfants nous ont expliqué qu’ils opèrent dans les quartiers dont ils ont la maîtrise des couloirs. Notamment, Abobo, Yopougon, Anyama et Angré.

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11 ans de Chaire UNESCO de Bioéthique en Côte-d’Ivoire: Le Professeur Lazare Poamé dresse le bilan et évoque les perspectives

Le Professeur Lazare POAMÉ est le Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique. Dans cette interview, il parle de cette Chaire installée officiellement il y a onze (11) ans (lundi 26 juillet 2010), au siège de l’Université de Bouaké alors à Abidjan, en présence des hautes autorités de l’UNESCO et de la nation. Il esquisse également quelques résultats des recherches menées par la Chaire.

Professeur Lazare POAMÉ, vous êtes le Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique.
Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la bioéthique ? Ses domaines d’intervention ?

Professeur Lazare POAMÉ : La bioéthique est à la fois un espace de discussion rationnelle et surtout un champ disciplinaire axé sur les problèmes à dimension éthique posés par le développement hallucinant de la biologie moléculaire et des technosciences biomédicales.

Parmi les problèmes dits paradigmatiques de la bioéthique, on peut citer l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, l’insémination artificielle, le clonage, le statut de la sexualité, du sperme congelé, de l’embryon et de la mère porteuse, l’eugénisme, la brevetabilité du vivant, les OGM, l’informatisation et la manipulation des bases de données personnelles, la commercialisation des organes du corps humain et de ses produits, la finalité de la médecine, des armes bactériologiques et les problèmes environnementaux tels que la biodiversité et la biosphère.

Depuis la publication de la Nouvelle encyclopédie de bioéthique, les domaines d’intervention de la bioéthique peuvent être ainsi énumérés : la procréatique, le génie génétique, la manipulation de la personnalité, le vieillir et le mourir, l’expérimentation sur les vivants humains et non humains. La bioéthique évoluant avec son temps, elle explore aujourd’hui des champs nouveaux tels que l’intelligence artificielle, les technologies de la communication, le Business Ethics, la robotique, la connectique, les big data et le transhumanisme.

Quels avantages pour la Côte d’Ivoire de voir loger cette Chaire de l’ensemble du monde francophone au sein de cette Université ?

Professeur Lazare POAMÉ : Les avantages sont multiples et divers. Le premier est contenu en germe dans la question posée, car loger une Chaire de l’ensemble du monde francophone dans une Université africaine et précisément ivoirienne donne à la Côte d’Ivoire une visibilité honorable. Cette visibilité s’est particulièrement accrue à l’UNESCO où la Côte d’Ivoire, à travers notre expertise, a été portée à la tête du Groupe Afrique du Comité Intergouvernemental de Bioéthique (CIGB) en 2013.
Un autre avantage est celui de la mise au jour de la compétitivité scientifique des Universités ivoiriennes. Etant donné que l’obtention de cette Chaire, la première du genre dans le monde francophone, est conditionnée par une série d’épreuves, la Côte d’Ivoire peut se targuer d’avoir des ressources humaines de qualité. À travers cette Chaire, la Côte d’Ivoire a également l’avantage d’avoir à portée de main une expertise dont elle peut disposer pour résoudre, sous les tropiques, les problèmes de bioéthique. Nous tenons à souligner que la Chaire UNESCO de Bioéthique se veut résolument engagée pour le développement. D’où l’attelage de la bioéthique et des Sciences sociales au sein de cette Chaire avec comme figure de proue le Professeur Francis Akindès, Responsable des Programmes de formation et de recherche. Cette spécificité de la Chaire trouve sa justification dans la réponse éthico-technique aux besoins d’accompagnement des programmes de développement exprimés par les pouvoirs publics et les institutions privées. Ainsi, la Chaire s’attache, par des activités de recherche et à la demande d’institutions publiques et privées, à aider à une meilleure compréhension des transformations sociétales afin que les réponses proposées soient suffisamment éclairées, notamment par les principes éthiques et bioéthiques. Vous voyez ! Une telle spécificité inscrit la Chaire dans une perspective fortement développementaliste. C’est ainsi que, par-delà la recherche en éthique fondamentale, la Chaire s’attèle, par la recherche, la formation et l’expertise, à promouvoir le respect des principes bioéthiques dans les espaces de définition et de mise en œuvre des politiques publiques.
Revenons au Groupe Afrique du Comité Intergouvernemental de Bioéthique (CIGB) que vous avez présidé. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette instance ?
Cette instance est une composante du Comité Intergouvernemental de Bioéthique, le CIGB, créé pour examiner, entre autres, les avis et recommandations du Comité International de Bioéthique, le CIB, à transmettre au Directeur général de l’UNESCO.
Le Groupe Afrique, appelé aussi Groupe V-a, est précisément cette composante du CIGB, réduite à l’Afrique noire avec ses problèmes spécifiques que les États membres veulent bien soumettre à leurs experts pour traitement. Notre dernière contribution aux activités du CIGB date du 15 juillet 2021.
L’autre partie de l’Afrique, dite blanche, est rattachée au monde arabe ; elle constitue le Groupe V-b.
Vous devez savoir que l’entrée des États membres de l’UNESCO au CIGB est conditionnée par une élection où se jouent à la fois l’image du pays et l’étoffe éthico-scientifique de son expert. C’est le lieu de souligner qu’au CIGB, le poids des experts nationaux se mesure non pas à la taille ou à la puissance de leurs États, mais à la pertinence de leurs interventions sur les problèmes de bioéthique qui s’accommodent mal de l’improvisation et des opinions nourries au punch de la doxa.
Sur le continent africain, la Côte d’Ivoire compte parmi les États pionniers de l’enseignement de la bioéthique et reste le premier pays francophone abritant la Chaire UNESCO de Bioéthique. Qui plus est, son expert, le Titulaire de la Chaire, est l’un des rares Africains à avoir contribué à l’élaboration de la Nouvelle encyclopédie de bioéthique publiée à Bruxelles en 2001.
Après son installation officielle le 26 juillet 2010, à l’Université de Bouaké, la Chaire UNESCO de Bioéthique a lancé, en 2011, le Prix du meilleur traducteur de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme en langues locales africaines, en l’occurrence le baoulé, le bété et le dioula, l’autre nom du malinké. Ce Prix a été décerné en août 2012, sous la co-présidence de la Ministre de l’Éducation nationale, Mme Kandia Camara et du Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M. Cissé Ibrahima.
Pour la Côte d’Ivoire, un pays principiellement épris de paix et soucieux de promouvoir l’éthique, cette Déclaration de l’UNESCO renferme des valeurs universelles autour desquelles les Ivoiriens peuvent se réconcilier sans heurts fratricides.
C’est sur la base de ces atouts que notre pays a pu être porté à la tête du Groupe Afrique du CIGB et a même eu à assurer, au niveau mondial, à travers notre modeste personne, la Vice-présidence du Comité Intergouvernemental de Bioéthique de l’UNESCO.

Quelles sont les actions qui ont pu être menées, notamment face à la pandémie de COVID-19 ?
Professeur Lazare POAMÉ : Les actions menées par la Chaire sont innombrables et il serait fastidieux de les énumérer toutes dans le cadre restreint de cette interview.
Parlant de cette pandémie dont la dimension sanitaire a induit des glissements vers le pan-médicalisme, vous nous donnez l’occasion de saluer la bravoure du personnel médical dont les valeurs hippocratiques ont parfois été mises à rude épreuve.
Longtemps avant la pandémie, entre 2012 et 2013, avec une équipe de Médecins, de sociologues et d’éthiciens, la Chaire a conduit une enquête dont l’objectif général était d’évaluer, dans les CHU de la Côte d’Ivoire, les mécanismes d’appropriation des principes et directives éthique de l’OMS et de l’UNESCO par les cadres de la santé. Les résultats de cette étude sont disponibles dans notre base de données et servent à enrichir nos cours de bioéthique dispensés aux étudiants en Médecine. Pour des raisons éthico-déontologiques, la démarche requise a été effectuée auprès du Ministère de la santé à l’effet de rendre publics ces résultats.
Pour en revenir à la pandémie, le numéro thématique spécial de la Revue RIFEB (Revue internationale Francophone d’Éthique et de Bioéthique), consacré à la lutte contre la Covid-19, est sous presse avec neuf (09) articles ainsi libellés :
– Principisme et casuistique bioéthiques à l’aune des urgences induites par la pandémie de Covid-19.
– Urgence sanitaire et respect du principe de précaution : les dilemmes éthiques face à la Covid-19.
– Le principe de non-discrimination et de non-stigmatisation en contexte de COVID-19 : quelles stratégies de prise en charge des patients ?
– Covid-19 et urgence sanitaire : le respect de la dignité humaine revisité.
– Informations scientifiques et dilemmes éthiques dans le contexte de la pandémie COVID-19.
– COVID-19 et Bioéthique : Le principe de consentement à l’épreuve de l’obligation médico-politique.
– Thérapie sélective des patients du Covid-19 et dignité humaine.
– Infodémie, viralité numérique et principes bioéthiques dans la crise de la Covid-19.
– Covid-19 et sécurité sanitaire : la précaution face au risque éthique dans les pratiques pharmaco-épidémiologiques en Afrique.
Ce numéro, faut-il le rappeler, est le fruit d’un Séminaire interafricain de bioéthique organisé en décembre 2020, sous la présidence du Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
Pour ce qui est des traitements attendus contre la Covid-19, la Chaire a privilégié le champ de la médecine naturelle et des technologies douces.
Nos chercheurs, en se tournant vers le riche patrimoine végétal dont dispose le continent africain, ont pu trouver une solution relevant de l’urgence éthique sans donner dans l’éthique de l’urgence.
Ainsi, la Chaire a enregistré des contributions centrées sur la phytothérapie avec la production de deux tisanes.
La première est celle du Professeur Annick Yamousso TAHIRI, Professeur de Biologie à l’UFHB, spécialiste des substances naturelles, Chercheure associée à la Chaire UNESCO de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara – Bouaké et membre du
Comité consultatif national de Bioéthique. Cette tisane, aux propriétés antivirales, antiinfectieuses, antioxydantes et hépathoprotectrices, a été présentée par le Ministère de la Recherche scientifique de Côte d’Ivoire en juin 2020 comme une solution riposte à la maladie de la Covid-19.
La seconde tisane, aux vertus thérapeutiques presqu’analogues à la première, a été produite par un phytothérapeute, Monsieur Pierre KADIO dont nous suivons les recherches depuis une dizaine d’années sur le traitement du VIH/SIDA. Sa tisane est issue d’un produit pour lequel il a obtenu, en 2018, un brevet d’invention (N°18864) délivré par l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle) avec pour mention ’’Médicament naturel contre le VIH/SIDA et autres pathologies’’.

La recherche sur les pandémies, pas seulement celle de la COVID-19, constitue un des axes prioritaires des programmes permanents de la Chaire UNESCO de Bioéthique. Pour l’année 2020, alors que la Chaire affinait, au mois de mars, ses travaux sur les multiples dimensions (économiques, culturelles, sociales et anthropologiques) de l’épidémie à virus Ebola, ses chercheurs durent, face à l’urgence, polariser leurs efforts sur la pandémie de COVID-19.
Ainsi, en marge de l’étude sur la construction sociale des rumeurs, des
discours et pratiques face à une épidémie, de nouveaux projets de recherche ont vu le jour au nombre desquels ceux-ci:
– Éléments de stratégie de gestion et de lutte contre la propagation de la COVID-19 en Côte d’Ivoire : regards croisés.
– Les personnes du 3ème âge face à la Covid-19 en Côte d’Ivoire : perception de la maladie, prises de risque et résilience sociale.
– La réinvention des rites funéraires en temps de COVID-19.
Cette dernière étude a été menée en collaboration avec des chercheurs du département LPED de l’IRD.

Les activités quasi permanentes de recherche de la Chaire sont organisées autour de neuf (09) programmes en recherche appliquée et trois (03) programmes en recherche fondamentale. La revue internationale, dénommée RIFEB (Revue Internationale Francophone d’Éthique et de Bioéthique), créée par la Chaire, sert de moyen de vulgarisation de ses recherches.

Les recherches conduites, jusque-là, dans le cadre des programmes de la Chaire, ont porté sur la procréatique, l’éthique du vivant, la phénoménologie de la violence urbaine. Celle-ci, avec un financement du CRDI, a débouché sur un film documentaire intitulé Microbes à Abidjan. Elles ont également porté sur les aspects socioéconomiques et éthico-culturels de l’alimentation infantile, en partenariat avec Danone, sur l’épidémie à virus Ebola, les rites funéraires en vue d’une amélioration des plans de riposte en cas d’épidémie en Afrique de l’Ouest, en partenariat avec l’OMS. À cela, s’ajoutent la santé génésique avec une focalisation sur les grossesses en milieu scolaire, à la demande du Ministère de l’Éducation nationale, l’avortement et ses conséquences sur la santé des femmes en Côte d’Ivoire, à la demande de « Médecins du Monde ». Enfin, encore avec le Ministère de l’Éducation nationale, nous avons travaillé sur la politique des subventions aux établissements privés en passant ces subventions au laminoir des principes pertinents de la bioéthique.
Pour le dernier trimestre de l’année 2021, nous préparons, avec une équipe des chercheurs de la Chaire, conduite par le Professeur Marcel Kouassi, un Séminaire international intitulé : Bioéthique et pandémie de COVID-19 : principes bioéthiques et construction d’une diplomatie vaccinale globale. Ce Séminaire, organisé en collaboration avec la Commission nationale ivoirienne pour l’UNESCO et le Bureau multisectoriel de l’UNESCO à Abuja, au Nigéria, sera l’occasion d’examiner les questions et enjeux liés aux différents vaccins contre le coronavirus.
Tout cela, pour vous dire combien la Chaire est discrètement active sur le territoire ivoirien.

En plus de la recherche, qu’est-ce que la bioéthique peut apporter dans la gestion des entreprises et Institutions ?
Professeur Lazare POAMÉ : La bioéthique ayant pour champ d’élection et de prédilection l’éthique devenue le nouvel étalon de mesure des performances d’une entreprise moderne, vous devinez aisément son importance dans la gestion des entreprises. Aussi bien pour le management des ressources humaines que pour la gestion des conflits en entreprise, la bioéthique, sous l’angle de l’éthique économique et de l’éthique de la communication, peut transformer qualitativement les entreprises et institutions soucieuses de préserver leur image de marque et d’offrir des produits et des services marqués du sceau de l’Assurance qualité. Sous l’angle de l’éthique environnementale, la bioéthique peut être un phare secourable pour le développement durable et la promotion exemplaire de la responsabilité sociétale des entreprises.

Quelle est la procédure à suivre pour bénéficier de la formation en bioéthique et qu’est-ce que les connaissances en bioéthique apportent de plus ?
Professeur Lazare POAMÉ : La bioéthique, que nous avons introduite au forceps à l’ex-Université de Bouaké, au cours de l’année universitaire 1994-1995, continue d’être enseignée à l’Université Alassane Ouattara, de la Licence au Doctorat. La voie à suivre est donc celle de la formation.
Deux types de formation s’offrent aux managers en acte ou en puissance : la formation diplômante, relativement longue, généralement réservée aux étudiants à temps plein et la formation certifiante, plus courte. Pour accéder à ce second type de formation, les intéressés doivent soumettre un dossier au Directeur des programmes et projets de recherche de la Chaire.
Aujourd’hui, nous sommes particulièrement heureux d’avoir contribué à l’introduction de l’enseignement de la bioéthique dans les universités africaines, car l’une des particularités de la formation en bioéthique est de placer l’éthique dans une nouvelle clairière, celle qui confère à l’apprenant une meilleure compréhension des enjeux de la modernité, de la postmodernité, des rapports interhumains et des mutations qui s’opèrent dangereusement dans le technocosme.

Merci Professeur.

Interventions de Ly Ramata et de Lazare Poamé sur les mutations de la violence urbaine

Allocution du Professeur BAKAYOKO-LY Ramata, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

La Chaire Unesco de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara a organisé un symposium sur la restitution des résultats du programme de recherche « Villes sûres et inclusives », le 31 mars 2016, à l’amphithéâtre de la CRRAE-UMOA, au Plateau. Le Titulaire indiqué de la Chaire Unesco de Bioéthique, le Professeur Lazare POAMÉ, était présent à cette rencontre.

A cette occasion, le Parrain de la cérémonie, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, le Professeur BAKAYOKO-LY Ramata, s’est prononcé sur le sujet. Nous vous proposons l’intégralité de son Allocution.

Honorables invités,
Mes chers étudiants,
Chers amis de la Presse,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur et une joie pour moi de prendre la parole, ce matin, à l’occasion du symposium de restitution des résultats du programme de recherche « Villes sûres et inclusives », mené pendant trois ans par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs nationaux, issus des Universités Alassane Ouattara et Félix Houphouët-Boigny, avec l’appui financier du Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) et du Département pour le Développement International (DFID).

Je me réjouis d’abord des efforts déployés par cette équipe pour s’engager dans la compétition scientifique et mobiliser des ressources importantes sur le marché international du financement de la Recherche. Je me réjouis ensuite que l’équipe ait pu conduire, de bout en bout, ce programme dont les résultats vont être restitués aujourd’hui. Je me réjouis enfin de la franche et dynamique collaboration qui a prévalu entre les Universités Alassane Ouattara et Félix Houphouët-Boigny pour permettre ainsi à de jeunes chercheurs de renforcer leurs connaissances et leurs expériences en matière de recherche et à la douzaine d’étudiants recrutés sur ce programme, de compléter leur formation théorique par des activités pratiques, conformément aux exigences du système LMD. Une telle collaboration est à encourager et doit servir de modèle.

Je voudrais, à présent, me tourner vers la Chaire Unesco de Bioéthique qui, par le double dynamisme des Professeurs Lazare Poamé et Francis Akindès, respectivement Titulaire et Coordonnateur de cette Chaire, est progressivement en train de réconcilier l’Université avec les populations en travaillant à décrypter et à proposer des réponses à leurs problèmes quotidiens.

La pertinence des thématiques abordées dans le cadre de ce programme – à savoir l’engagement des jeunes dans la violence, la question de la violence en lien avec le foncier rural et la problématique du viol – et les approches mobilisées pour les étudier, montrent bien comment les sciences sociales peuvent servir le développement sur le terrain des problèmes sociaux dont les réponses technocratiques connaissent parfois des limites.

Sur la question de la menace pré-épidémique d’Ébola, la Chaire Unesco de Bioéthique s’est déjà montrée particulièrement contributive en conduisant un projet de recherche très concluant avec l’appui financier de l’UNICEF et du groupe Expertise France, sous la supervision du Ministère de la Santé.
Il ne me paraît pas indiqué de procéder, ici et maintenant, au dénombrement des travaux d’expertise que la Chaire UNESCO de Bioéthique a réalisés depuis sa création. Je voudrais simplement faire remarquer que les activités de cette Chaire s’inscrivent parfaitement dans la vision du Président de la République, S.E.M. Alassane Ouattara, qui place la recherche au cœur du développement.

Je voudrais, pour toutes ces raisons, témoigner ma reconnaissance à cette Institution et à ses responsables et leur affirmer la disponibilité et l’engagement de mon Département ministériel à soutenir toutes les initiatives de recherche pluridisciplinaire et interuniversitaire de nature à contribuer à hisser la Côte d’Ivoire au rang des pays émergents à l’horizon 2020.

Mesdames et Messieurs,
Honorables invités,

Je tiens à remercier très sincèrement les Ambassades du Canada et du Royaume-Uni pour leurs efforts inlassables en faveur de la recherche scientifique et particulièrement pour le soutien financier important que ces pays, respectivement à travers le CRDI et le DFID, ont apporté à la réalisation du programme de recherche « Villes Sûres et Inclusives ».

Je voudrais également remercier le Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, pour son implication dans la réussite de l’étude depuis son lancement ici-même, dans cet amphithéâtre, jusqu’à son achèvement.

Je voudrais enfin vous remercier, Mesdames et Messieurs, pour l’intérêt que vous portez à la recherche comme moteur de développement et vous prier de bien vouloir travailler à favoriser une collaboration dynamique entre les différentes structures que vous représentez et les Universités et Centres de recherche autour des problèmes de développement qui se posent dans tous les domaines.

Pour terminer, j’incite les enseignants-chercheurs et les chercheurs à s’imprégner davantage du quotidien et des problèmes des Ivoiriens en développant des initiatives de recherche à cet effet. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique est prêt à accompagner et soutenir ce type d’initiative dans tous les domaines.
Sur ce, je déclare ouvert le Symposium de restitution des résultats du programme de recherche « Villes sûres et inclusives ».

Je vous remercie.

Prof. BAKAYOKO-LY Ramata
Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

……

SYMPOSIUM POUR LA RESTITUTION DES RÉSULTATS DU PROGRAMME DE RECHERCHE « VILLES SÛRES ET INCLUSIVES »

Prof. Lazare POAMÉ (Titulaire de la 1ère Chaire du monde Francophone en matière de Bioéthique) :
La Chaire Unesco de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara a organisé un symposium sur la restitution des résultats du programme de recherche « Villes sûres et inclusives », le 31 mars 2016, à l’amphithéâtre de la CRRAE-UMOA, au Plateau.
Il s’agit d’un projet pluridisciplinaire qui s’intéresse aux mutations de la violence urbaine de nature criminelle qui accompagnent l’évolution sociopolitique de la Côte d’Ivoire depuis les années 90. Partant de l’expérience de trois villes ivoiriennes de tailles différentes que sont Duékoué, Abidjan et Bouaké, le Projet questionne en direction de ces mutations, à travers des recherches sur les modes d’expression, les acteurs et les victimes de cette violence ainsi que sur les formes de résilience, en vue de relever les défis inhérents à la gouvernance des villes ivoiriennes.
L’objectif du projet est de mieux renseigner et accompagner la Réforme du Secteur de la Sécurité en cours en Côte d’Ivoire. Le coordonnateur des programmes de la Chaire, Chercheur principal du programme « Villes sûres », est le Professeur Francis Akindès.
Porté par la Chaire Unesco de Bioéthique de l’Université Alassane Ouattara, ce projet a bénéficié du soutien financier du Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) du Canada et du Département pour le Développement International (DFID) du Royaume-Uni.
Le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, le Professeur BAKAYOKO-LY Ramata, Parrain de la cérémonie, était présent. À cette occasion, le Titulaire indiqué de la Chaire Unesco de Bioéthique, le Professeur Lazare POAMÉ, a dit une allocution dont nous vous proposons l’intégralité.

Honorables invités,
Mes chers étudiants,
Chers amis de la Presse,
Mesdames et Messieurs,

Souffrez que je commence mes propos par des remerciements très chaleureux en direction de celle qui, hier encore, était à la tête de la Conférence des Présidents des Universités Publiques de Côte d’Ivoire et qui, aujourd’hui, pour le plus grand bien de l’Enseignement supérieur, est notre Ministre de tutelle.
Madame le Ministre, je tiens non seulement à vous dire merci pour votre présence effective à ce symposium, mais surtout pour votre vision de l’Enseignement supérieur, un Enseignement supérieur structuré par la qualité de ses offres de formation et de recherche, le caractère compétitif des fonds destinés à la recherche, une approche rigoureuse et scientifique des problèmes, une recherche pour le développement socioéconomique exemplaire de la Côte d’Ivoire et surtout de l’Afrique, sommée de quitter le berceau de l’humanité par un saut qualitatif dans le technocosme.

Mesdames et Messieurs, le 16 juillet 2010, jour de l’installation de la Chaire UNESCO de Bioéthique à l’Université de Bouaké, devenue Université Alassane Ouattara, nous affirmions, dans le discours inaugural prononcé à cette occasion, ce qui suit : « Cette Chaire de Bioéthique vise à transformer les universités en pôle d’excellence, de partage des savoirs et/ou de la connaissance à visée transformatrice et éthicologique ».

La Chaire UNESCO de Bioéthique s’engageait ainsi à promouvoir une recherche compétitive à l’échelle internationale, dont l’objet est multipolaire avec un statut épistémologique qui met à rude épreuve les approches technicistes et monovalentes.

Me référant au titre d’un ouvrage collectif publié en 2015 par l’UNESCO avec ma modeste contribution, (Pourquoi une bioéthique globale ?), je me permets, fort de l’expérience issue des activités de la Chaire, de revisiter le champ sémantique de la bioéthique globale qui couvre, dans une démarche procédurale multiforme d’écoute et de respect, l’ensemble des problèmes allant des questions alimentaires aux problèmes sécuritaires en passant par la procréatique et toutes les applications issues du génie génétique.

On peut donc comprendre l’option de l’équipe de recherche de la Chaire pour des projets axés prioritairement sur la problématique de la sécurité : la sécurité alimentaire (avec le Groupe Danone), la sécurité physiologique (avec le projet sur l’épidémie à virus Ebola) et aujourd’hui, la sécurité physique et territoriale (avec le projet « villes sûres et inclusives ») dont la restitution des résultats nous réunit ce matin.

Mesdames et Messieurs,
Le projet de recherche « Villes sûres et inclusives » se pose et s’impose comme une recherche opportune qui a toutes les apparences et tous les apparats d’une recherche opportuniste.

Cependant, dans l’expression « ville sûre « , se trouvent logés à la fois le point de départ et le point d’aboutissement d’une régionalité disciplinaire que la Chaire tente de promouvoir, à savoir l’irénologie. L’irénologie est le savoir éthicoscientifique propre à examiner et à garantir les conditions objectives de pacification des espaces sociopolitiques.

Pour le sujet qui nous préoccupe ce matin, nous recommandons donc, à partir des résultats obtenus, le réexamen des paradigmes sécuritaires triomphants en vue d’opérer les sursomptions qu’appellent les nouvelles exigences axiologiques et les nouveaux types de kamikaze.

Ces résultats ont pu voir le jour grâce au soutien financier du Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) et du Département pour le Développement International (DFID). Et c’est pourquoi, nous tenons à exprimer notre profonde gratitude aux responsables de ces structures et à travers eux, les ambassades du Canada et du Royaume-Uni.

Nous tenons à saluer le dynamisme de l’équipe de la Chaire qui n’a ménagé aucun effort pour conduire ces recherches à leur terme.

Pourrions-nous clore notre propos sans remercier sincèrement le Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur, M. Ahmed Bakayoko et Madame le Ministre de la santé de nous avoir donné les moyens et l’opportunité d’expérimenter la capacité des Chercheurs de la Chaire à résoudre les problèmes qui se posent au niveau de la mésosphère qui nous rassemble en attendant l’extension à la macrosphère planétaire? Assurément non.
Nous remercions enfin tous les partenaires de la Chaire UNESCO de bioéthique ainsi que tous ceux qui, par leur présence dans cette salle (autorités administratives et coutumières, défenseurs des droits de l’homme, chercheurs, jeunes leaders), donnent sens et consistance à la promotion et à la restitution des résultats de la recherche. Leur présence, considérée comme une prise de position en faveur de la paix pensée et perpétuelle, est aussi l’affirmation du primat de l’irénologie sur la polémologie.

Je vous remercie.

Prof. Lazare POAMÉ

Titulaire de la Chaire UNESCO de Bioéthique
Président de l’Université Alassane Ouattara